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Epigénétique et alchimie, ou le retour d'Hermès dans le mythe de Prométhée


Le tout génétique et la fatalité du déterminisme que nous impose notre patrimoine génétique volent en éclat avec les découvertes récentes en épigénétique, cette science nouvelle qui nous indique que l’espèce humaine pourrait vieillir longtemps en bonne santé en s’harmonisant avec son environnement.

Quel espoir pour ceux qui défendent le naturel contre l’artificiel.

Quelle espérance contre l’utopie des transhumanistes dont le rêve le plus fou est d’atteindre artificiellement l’immortalité, accroitre son intelligence et sa vitalité grâce à des manipulations génétiques, des implants cérébraux, fusionner l’homme avec la machine.

Le suffixe « épi » vient du grec ancien et il veut dire « au-dessus ». Ainsi étymologiquement, l’épigénétique signifie « qui se situe au-dessus de la génétique » ou qui « influence les gènes ».

D’abord moquée comme toute découverte scientifique ou toute vérité qui ébranle des préjugés et croyances bien ancrés dans l’inconscient collectif, l’épigénétique a convaincu depuis une dizaine d’année le corpus scientifique des biologistes du monde entier.

Fin 2012, des scientifiques réunis dans le programme mondial « ENCODE » ont démontré que des sortes d’interrupteurs chimiques « allumaient » ou « éteignaient » nos gènes comme des ampoules électriques.

En fait, depuis longtemps on savait que 85% de notre ADN ne s’exprimait pas. Cet ADN « éteint » était appelé « l’ADN poubelle » car nous ne savions pas à quoi servaient ces gènes apparemment sans fonction.

Or ces chercheurs ont démontré que cet ADN silencieux jouait en réalité un rôle clé dans les modulations de notre génome.

Le biologiste Joël de Rosnay nous dit dans le livre « la révolution épigénétique » aux éditions Albin Michel : « le plus neuf - et comble du scandaleux pour la théorie orthodoxe - a été de découvrir que les modulations en question pouvaient non seulement persister dans la vie d’un individu, mais carrément se transmettre à sa descendance, ce qui constitue en soi un vrai changement de paradigme ».

Concernant la théorie de l’évolution humaine, l’épigénétique confirme l’intuition de Lamarck qui s’opposait à celle de Darwin sur la transmission des caractères acquis.

Charles Darwin, défenseur de l’inné, soutenait l’idée que l’homme évoluait par une sélection naturelle de mutation génétique due au hasard donc indépendante de son environnement. Alors que Jean-Baptiste Lamarck, en prenant l’exemple de la girafe, affirmait que le coup de l’animal s’était allongé au fil du temps pour atteindre les branches hautes des arbres et que ce caractère physique s’était transmis à sa descendance. Il croyait donc à l’adaptabilité de l’homme à son environnement. Ainsi, selon lui, un organe pouvait se modifier pour répondre à un besoin. De plus cette transformation était transmissible à la descendance (hérédité des caractères acquis).

L’épigénétique réconcilie ces deux génies visionnaires en nous transmettant la formidable nouvelle qu’il s’agit pour chacun d’entre nous d’apprendre à influencer l’expression de notre propre ADN. Nous ne sommes pas prisonniers des caractères innés de notre naissance. Nous pouvons nous transformer et dans le bon sens du terme dans la mesure où l’environnement n’est pas seulement la nourriture ou les perturbateurs endocriniens mais aussi notre psychisme, nos émotions, nos croyances…

Nous pouvons combattre la fatalité de notre patrimoine génétique mais aussi des caractères acquis qui nous ont été transmis par nos parents et nos ancêtres par cinq facteurs (c’est ce que le biologiste et prospectiviste Joël de Rosnay nous conseille à longueur de publications et de conférences) : une alimentation saine, la pratique du sport (la marche suffit, ouf !), le management du stress (mettons-nous tous à la méditation, les bénéfices sont prouvés scientifiquement), l’harmonie de notre réseau social et familial (plus d’état d’âme avec les gens toxiques, allez hop, on les exclut de notre vie), le plaisir (rire, danser, chanter, faire ce qui nous motive et met en joie…waouh, le pied !).

Nul besoin donc de s’acheminer vers des artifices eugéniques qui ne seront accessibles qu’à une élite financière et ne feront que creuser les inégalités.

Quel formidable message de libération de l’être !

Mais ce qui m’intrigue le plus dans cette possibilité de transformation vertueuse de notre capital santé - dorénavant confirmée scientifiquement - c’est qu’elle renvoie à une science occulte pratiquée dans des temps reculés, l’alchimie … qui n’est autre que l’art de la transmutation intérieure pour atteindre une plus grande perfectibilité.

Les découvertes récentes en épigénétique réhabiliteraient ainsi l’une des plus anciennes pratiques hermétiques dont le génie de René Descartes a sonné le glas au XVIIème siècle.

D’ailleurs, les « esprits cartésiens » continueront sans doute longtemps de négliger ces nouvelles avancées qui transforment notre vision du monde et notre rapport à la nature.

Pour poursuivre sur cette pensée audacieuse, je vous propose un peu d’histoire en vous transmettant les enseignements pédagogiques d’un alchimiste des temps modernes. Il s’agit du thérapeute énergéticien Pascal Bouchet.

L’alchimie était une science enseignée, il y a bien longtemps dans les écoles des mystères.

C’était l’art des métamorphoses ou des transmutations. Il s’agissait pour les anciens de parfaire l’évolution de l’âme ou parcours des psychés.

Cette science ésotérique qui fait appel au sacré se trouvait dans le monde entier et dans plusieurs civilisations, en Egypte avec les mystères d’Isis, en Perse : les mystères de Mitra, en Inde : les mystères de Dionysos, en Grèce : les mystères d’Eleusis, etc…

Parmi les illustres alchimistes, Averroes au cœur de l’âge d’or de l’Andalousie musulmane était considéré comme tel…

Ces écoles étaient réservées à quelques élus qui cultivaient l’art du secret. Les alchimistes juraient à vie de ne jamais révéler ce qui leur avait été enseigné.

Les adeptes vivaient des épreuves initiatiques terribles pour apprendre à se surmonter, à se connaître, à se dépasser, à évoluer à l’instar du fonctionnement de la nature elle-même.

Une fois que ces apprentis avaient réussi ces épreuves, ils devenaient des initiés et ils devaient transmettre à leur tour leurs enseignements aux nouveaux élus.

C’est de là que vient l’école de l’allégorie ou l’école des mythes mais aussi l’école hermétique (relative au Dieu Hermes de l’antiquité grecque).

Certains opposent l’alchimie spéculative ou spirituelle à l’opérative en laboratoire où il est question de transmuter le plomb en or. Mais cette discorde est inutile dans la mesure où le « Grand Œuvre » des alchimistes, même s’il est travaillé en laboratoire pour une application dans la matière commence d’abord par une transformation intérieure de l’être.

Certes, l’alchimie spéculative concerne l’être humain mais elle n’est pas pour autant complétement détachée de la matière.

Pascal Bouchet rappelle que « nous sommes faits de matière, de chair, d’os, d’eau et de sang, la transformation métallique commence pas nos minéraux, notre air, notre feu (chaleur). C’est avec ces quatre éléments que l’alchimiste va pouvoir travailler dans son laboratoire intérieur. »

En hermétisme, il est considéré que l’homme - le microcosme - est fait à l’image du macrocosme.

A ce propos, ce qui me trouble, c’est que nous savons aujourd’hui qu’il y a quatre millions de milliards de mètres d’ADN dans un humain : mis bout à bout, notre ADN mesure 20 fois la distance de la Terre à la Lune. Et il est impacté dans 0,007 millimètres d’un noyau cellulaire. Ce qui signifie qu’il est infiniment mince…

La nature est en évolution et les alchimistes défendent l’idée que la transformation de l’environnement est concomitante à celle de l’être intérieur. Il s’agit d’une parfaite unité entre l’homme et la nature.

La première des opérations de l’alchimiste est la dissolution de la première matière appelée « Saturne ». Il s’agit symboliquement du premier « Adam », ou « l’homme métallique ». C’est le symbole de l’ego.

Le premier Adam est androgyne. Le second est celui qui s’est séparé d’Eve.

Cette androgynéité, nous la retrouvons avec les savoirs scientifiques du monde moderne, dans la cellule originelle de formation d’un embryon. Elle est indifférenciée avant de devenir sexuée.

C’est sur cet « Adam » androgyne que l’alchimiste doit éveiller « le feu sacré des sages ».

Les deux « Adam » des alchimistes me font penser aux deux personnalités qui constituent un être dont JC Jung rappelle la dualité dans son autobiographie.

Que nous dit cet éminent psychanalyste sur ces deux types de personnalités logées en tout un chacun ?

 « La personnalité numéro 1 » toute de surface et fondée sur une bonne adaptation au monde. Construite à partir de la convergence des vécus depuis la petite enfance, elle veut se faire accepter par les autres. Elle contrôle ses pulsions et a à cœur de respecter la loi. Elle s’impose des devoirs.

« Par contre « la personnalité numéro 2 » est beaucoup plus fondée sur le « Soi » que sur le « moi ». Elle est imaginative et prophétique. Aux yeux de la personnalité 1, elle semble dangereuse et anarchique, voire totalement incontrôlable. Elle représente l’insécurité, l’ombre, le flirt avec l’inconnu, la prééminence de la connaissance intuitive sur la connaissance rationnelle et expérimentale. La personnalité 2 semble être une menace pour la personnalité 1.

« Au fur et à mesure du travail intérieur, la pression de la personnalité 2 devient si forte que la personnalité 1 quitte progressivement le devant de la scène psychique. Mais cette dernière reste longtemps très inquiète car son alter ego n’a pas besoin de règles de conduite, elle suit le mouvement intuitif de l’être, elle est à l’écoute des profondeurs, elle assume l’inconnu sans en avoir peur. Fondée sur la confiance en l’univers et le refus de tout contrôle, elle chevauche les mouvements de la vie. C’est pourquoi elle sait quoi faire, dire ou penser sans jamais l’avoir appris tout en exprimant exactement ce qui convient à la situation du moment.

« La personnalité 2 accapare rarement le devant de la scène. Cependant, c’est avec son triomphe qu’un homme peut assumer son mythe fondateur et affirmer son identité divine ». (Propos recueillis dans le livre de Luc Bigé « Icare, la passion du soleil » aux éditions de Janus)

L’éveil du feu sacré des sages, pierre angulaire de l’alchimie, pourrait-il correspondre à l’éveil et l’affirmation de la personnalité n°2 ainsi définie par Jung ? Peut-être…Pourquoi pas ?

Par ailleurs, les alchimistes affirmaient que toute chose sur terre était à l’origine spirituelle.

Cela me fait penser au concept « d’urcausalité » du physicien quantique Emmanuel Ransford dont j’ai tenté d’expliquer le principe d’holomatière dans de précédents articles. Pour faire simple, « l’holomatière » est une hypothèse qui introduit une part psychique (l’endocausalité) dans toutes les particules élémentaires de la matière qu’elle soit inerte ou vivante. 

Les alchimistes défendaient l’idée d’une pure lumière condensée sous l’effet d’un mystérieux agent qu’on appelle le soufre.

La création matérielle telle que nous la percevons ne serait rien d’autre que de l’esprit condensé et toutes ces créatures tangibles de l’univers possèdent en leur sein, cette mémoire, cette origine spirituelle.

Tout le travail de transmutation alchimique va consister à éveiller cet esprit prisonnier de la matière rigide.

Comme je le disais plus haut, l’étymologie de l’hermétisme provient du Dieu Hermes.

Pour comprendre le message que porte cette divinité, il est intéressant de se replonger dans le mythe de Promethée que Platon a exhumé dans Protagoras.

Ce mythe fondateur constitue le socle de l’humanisme occidental et révèle le rapport complexe que l’homme entretient à la nature mais aussi deux aspects de la raison humaine, celle symbolisée par Promethée et celle par Hermes.

Rappelons-nous cette légende…

A la genèse de la vie, Zeus charge le titan Prométhée (qui veut dire le prévoyant) et son frère Epimethée (qui signifie l’imprévoyant) de pourvoir les espèces mortelles par des dons naturels et d’attribuer à chacune d’elles des propriétés appropriées. Epimethée demande à Promethée de le laisser faire. Cependant, sans y prendre garde, il dépense pour les animaux toutes les facultés naturelles pour survivre à leur environnement. Il ne lui reste plus rien pour protéger les hommes de l’hostilité de la nature.

Devant cette injustice, Promethée vole le feu (l’intelligence technique) au Dieu Héphaïstos et à la déesse Athéna. Furieux, Zeus se venge de Promethée en l’attachant au mont Caucase où un aigle vient dévorer tous les jours son foie qui se régénère toutes les nuits.

Dans la seconde partie du mythe, le Dieu Hermes est envoyé par Zeus pour sauver à nouveau les hommes qui s’entretuent afin de leur transmettre pudeur et justice (l’intelligence morale).

Après l’ère du génome humain, s’ouvre l’ère de l’épigénome. Retrouvons-nous aujourd’hui à la croisée des chemins entre deux voies possibles, celle incarnée par Promethée (le tout génétique transhumaniste, la raison technique, l’hypermatérialisme dénué de toute spiritualité) et celle que symboliserait Hermès (les alchimistes, la transformation intérieure, la moralité, le respect de la nature et la fraternité) ? En tout cas, quelque chose d’incroyablement puissant s’avère à l’œuvre et nous ne savons pas bien comment tout cela va évoluer.

Mais au-delà de cette philosophie et plus prosaïquement, l’épigénétique est un formidable espoir en termes de prévention, en particulier pour les maladies chroniques de masse, mais aussi pour vivre plus longtemps et en bonne santé.


Ferial FURON

Dr en pharmacie/MS ESSEC - co-auteure de la Revanche du cerveau droit




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